mardi 2 février 2010

22 Le Masque

Le Masque est une immense vision des fluides et des rayonnements universels se reflétant sur la surface des choses et formant la trame d’un art, d’une culture et d’une civilisation.
Ce système se dégage de tous les autres aspects de la culture africaine avec sa stylisation gracieuse et étrange et sa confuse intuition des vérités que la métaphysique contemporaine est venue découvrir. Le Masque fait partie intégrante de cet ensemble, et pour l’expliquer, il faut analyser tout le reste; et c’est encore parlé de lui.
Avec la Musique, le Masque est la figure la plus connue du monde noir africain. Il est un appareil de mouvement, instrument de métamorphose intérieure, faisant appel aux forces surhumaines, bestiales ou divines, condensateur des énergies instinctives, instrument de contact avec les forces éparses de la nature et avec ses règnes divers et par-dessus tout organe de participation mystique à la vie des ancêtres et des dieux.
Le Masque est la concrétisation des esprits du créateur et de la création, engendrés des ténèbres pour régner sur toute la surface de la terre.

23 Le Concept de l’image rythmée

La Peinture symbolique de Thomas KOUNDE s’exprime par l’image et le rythme, par « l’image rythmée. » L’image n’exprime pas la réalité essentielle, elle ne parle pas à notre imaginaire et à notre cœur si elle n’est pas rythmée.
L’image exprime les réalités qui soutiennent les apparences. Le rythme, c’est l’énergie de l’image, l’essence magique, l’expression de la source vitale, le choc vibratoire qui nous saisit à la racine de l’être.
L’usage du langage rythmé permet de traiter tous les caractères et toutes les situations selon une loi unique « le rythme » en les intégrant dans une seule et même forme malgré leur différenciation interne. C’est l’exigence de la présence de quelque chose d’universel, de purement humain… Il faut que tout soit unifié dans le concept générique du poétique.
« Ce qu’il faut retenir de mon cheminement, c’est ma fascination pour l’art africain et je crois pouvoir inscrire mon travail dans la lignée de cette pensée qui considère l’univers comme une conscience en évolution, une vibration cosmique, un espace intersidéral à la fois fini et infini, d’où rayonne la lumière de la création qui donne forme à la matière. »
L’esprit de la lumière et celui de la matière dirigent désormais ma création, et je suis heureux d’être à mon tour, l’instrument de l’esprit pour passer le relais et voire graver dans la mémoire collective cette source intarissable, cette énergie créatrice du vivant capable de faire advenir un puissant pouvoir émotionnel et en même temps une très grande spiritualité, c’est à dire : capable de faire advenir une nouvelle dynamique de vie.

24 Liberté

Le troupeau d’éléphants
L’éléphant, d’un point de vue métaphorique symbolise l’univers. Sa voûte supérieure représente le monde céleste qui contient le ciel, le soleil et la lune. Son ventre contient les eaux sur lesquelles flottait la terre. Ses quatre pattes, comme de la rose des vents, est la boussole qui indique les quatre points cardinaux. Ses deux défenses représentent la protection et la défense. Enfin, la trompe est un pont dressé entre le ciel et la terre : c’est la liberté, un état de non soumission à la servitude et la possibilité de penser et d'agir, de jouir de l’expression, selon ses propres choix sans aucune contrainte.
Notre liberté, c’est avant tout, la prise de conscience de l’ensemble des énergies de l’univers de l’homme. La nature même de l’homme est cantonnée entre les forces qui toutes, seraient capables de l’écraser, mais qui se tiennent mutuellement en respect. L’homme, s’il le désire, reste toujours le médium des forces du ciel et de la terre. C’est la condition même de sa liberté.


Liberté
Huile sur vélin d’arche – 1993 – Haut. 50 cm x larg. 69 cm
©ADAGP/THOMAS KOUNDE

25 Le Gardien du Seuil

L’énergie de la création



Le gardien du seuil
Huile sur vélin d’arche – 1993 – Haut. 69 cm x larg. 100 cm
©ADAGP/THOMAS KOUNDE

Au seuil de l’éternité, la naissance et la mort.
En naissant, l’âme se revêt d’un corps. En mourant, elle s’en dépouille. Ainsi qu’une journée bien remplie procure un heureux sommeil, ainsi une existence bien remplie procure une mort heureuse.
A la naissance, l’énergie se déroule. Elle transfigure la matière du vivant pour devenir l’objet même de la création. A la mort, l’énergie aspirée par l’aboutissement, se retire de la matière pour prendre sa forme éternelle dans l’œuvre humaine.
On a peur de la mort parce qu’il s’agit d’un voyage qu’on fait nu, n’ayant pour seul bagage que son âme, c’est évident. C’est un voyage pourtant riche d’enseignement.
La seule certitude est que l’œuvre du vivant subsiste à la mort. La nature a donné aux grands esprits de faire et laissé aux autres le soin de juger.
… Illuminer, la main levée, enfin jeter l’ancre au cœur de l’énergie, alors, l’esprit se sépare de la matière, pour devenir éternel dans l’œuvre de la création.

26 La Transfiguration

La mort
C’est une métamorphose, la naissance de l’idée éternelle d’une périssable créature qui se dégage enfin de la chrysalide humaine que cache le masque de la mort. C’est elle qui communique à ce masque cette rigidité pure, ce dédain, ce refus de communication, cette solennité étrange, c’est ici un parti pris d’abstraction qui supprime presque toute apparence humaine. La tête devient un simple ovale.
La mort, c’est un masque absolu, avec dans le regard ce refus de laisser pénétrer, d’aller plus loin, derrière lequel semble t’il, s’étend, invisible comme l’air bleu, un royaume de pure beauté.
L’énigme de la vie parle des trois moments de la vie de l’homme : son enfance, sa jeunesse, sa vieillesse. L’énigme de la mort se pose en ces termes : « Qui sont les deux sœurs dont l’une avale l’autre et lui donne de nouveau naissance ? »
L’énigme de la mort s’inscrit dans un registre binaire et cyclique du retour identique du même. L’engendrement réciproque se répète avec des séquences que l’on peut découper : la nuit engendre le jour et le jour engendre la nuit. De même que la vie engendre la mort, la mort engendre la vie.

La Transfiguration
Huile sur toile – 2008 – Haut. 81 cm x larg. 65 cm
©ADAGP/THOMAS KOUNDE

Dans la tradition vodou la naissance, la maturité et la vieillesse représentent le parcours initiatique de la vie. C’est ce que le sage appelle « la conquête de la pierre du soir » la pierre qui porte le signe du soleil : la vieillesse couronnée.
Pour y parvenir l’espèce humaine doit aller à la rencontre de son ombre, entreprendre une véritable quête et emprunter un labyrinthe jonché d’épreuves. Voici le chemin de vie, la Préparation délicate de la première matière, l’accomplissement royal unissant l’esprit et la matière du vivant. Pour l’Initié, c’est le soleil du salut, (être dans un état d'exaltation mentale) un chemin de vie ou un voyage symbolique.
Prenons le temps de méditer les propos de La Bruyère : « Pensez constamment à la mort, mais ne la redoutez pas, elle n’effraye que le coupable. Elle n’arrive qu’une fois et elle se fait sentir à tous les instants de la vie.
Il est plus dur de l’appréhender que de la souffrir. L’inquiétude, la crainte, l’abattement ne peuvent l’éloigner ; car au contraire, ils peuvent la hâter. »
Le cheminement de l’œuvre est une célébration, où la pensée ne divorce pas de l’action. Les cloches de l’engendrement réciproque se sont mises à sonner, ce n’est pas l’heure du jugement dernier; mais la voix de la conscience qui sonne le glas, la voix du silence intérieur qui annonce l’échec d’une vie.

27 Vibration Ondulatoire

Celui qui a peur est à la fois un reptile et un félin
Cette représentation est tirée de l’histoire d’un jeune homme qui avait du mal à dormir la nuit et qui profitait de son insomnie pour se livrer à des promenades nocturnes. Un jour, alors qu’il tournait en rond dans la cour de sa maison d’enfance dans la nuit profonde, il sentit quelque chose sous son pied. Pris de panique il cria et réveilla son père qui le pria d’aller se coucher. Le lendemain matin l’un de ses frères, en nettoyant la cour retrouva, un serpent mort qui avait la tête écrasé.
Cette nuit là Thomas avait piétiné la tête d’un serpent. Guidé par son instinct, il avait posé son pied droit sur la tête du serpent. Il n’y voyait rien. Dans la nuit profonde, il était donc comme un aveugle. Cet épisode a fait l’objet de plusieurs extrapolations. Au moment de passer à une mise en image, ce n’est plus l’instinct qui est sollicité, mais la perception du danger, la peur intense face au sentiment d’un danger imminent. Voici donc l’histoire du serpent et la peur adamique qui en découle : l’Angoisse.
Un pied surprend deux serpents en pleine conversation amoureuse et son porteur se demande : quelle est l’issue possible ?


Vibration Ondulatoire
Celui qui a peur est à la fois un reptile et un félin
Huile sur toile – 2008 – Haut. 81 cm x larg. 65 cm
©ADAGP/THOMAS KOUNDE

Le porteur du pied doit prendre une décision, il pèse le pour et le contre. Poser ou ne pas poser le pied ! Que puis-je faire ? Vaillance absurde ! Piétiner une tête de serpent, se faire mordre par la seconde ou prendre la fuite… Une Boule dans la gorge, palpitation, accélération de la respiration et du rythme cardiaque. Pris de panique devant un danger réel ou imaginaire, l’homme est la proie d’une vibration ondulatoire : la peur intense face au sentiment d’un danger imminent. C’est de manière métaphorique que le questionnement métaphysique utilise l’angoisse, ou simplement l’inquiétude métaphysique face à l’existence.
L’angoisse est précisément l’expérience naissant de l’inadéquation entre les questions que chaque individu se pose au monde, quant à sa propre origine et à sa destinée, et les réponses que ce même monde peut donner. A travers elle, tous les repères définis par le savoir n’apparaissent que comme de dérisoires conceptions résiduelles de la dimension de l’habitation. Si bien que, dans l’angoisse, ce n’est pas tellement nous qui questionnons le monde que nous-mêmes qui nous trouvons mis en question. L’anxiété normale est une réponse émotionnelle d’arrêt et d’éveil devant une situation incongrue. Sa fonction adaptative est évidente.
En définitive, l’énergie est ambivalente, c’est à dire partagée entre deux volontés contradictoires, une dimension à la fois agissante et l’autre paralysante et fusionnelle nous empêche d'agir.

28 L’éternel féminin

L’éternel féminin illustre la vérité métaphysique qu’il n’est possible d’appréhender que par des facultés intuitives et par la sensibilité.
La plus belle des déesses, l’éternel féminin image les forces irrépressibles de la fécondité, non dans leur fruit, mais dans le désir passionné sublimé par l’amour qu’inspire la beauté.
L’éternel féminin est un symbole qui évoque la sérénité, la mort, la renaissance et l’éternel recommencement
Il suggère la volonté d’accepter la solitude, à seule fin de découvrir une vocation, pour accomplir son destin.


L’éternel Féminin
Huile sur toile – 1993 – Haut. 84 cm x larg. 60 cm
©ADAGP/THOMAS KOUNDE

L’éternel féminin et l’image du principe créateur, éminemment féminin, plus ou moins développé en chacun. C’est la femme intérieure que porte tout homme dans ses profondeurs psychiques qui initie le devenir éternel, l’idéation divine, l’archétype du monde manifesté, l’image de la mère, celle qui donne la vie et qui incarne l’esprit de la création et la créativité manifestée.
C’est ici le principe de la dualité incarnée entre le bleu de l’eau « la femelle » et les rayons jaunes du soleil « le mâle » indispensable à la fertilisation. De ces deux aspects, c’est le féminin qui est actif et qui porte en lui un rejeton, une idée dont il se sépare jusqu'au moment où elle peut se nourrir seul. Elle est similaire à l’idée qui germe dans la partie intérieure la plus intime de tout créateur et qui participe à l’enrichissement du monde.
Tout devenir ne peut se concevoir que par différenciation, c’est-à-dire par bipolarisation. Le haut, en effet, ne peut être imagé sans le bas, le bien sans le mal, le ciel sans la terre, la femme sans l’homme, le jaune sans le bleu. Cette différenciation liée à la manifestation, comporte lorsqu’elle s’accorde au rythme de l’âme du monde, le parfait équilibre de deux pôles dans leur complémentarité.