mardi 2 février 2010

29 Une Mémoire Collective

La construction de la mémoire collective fait l’objet d’une attention particulière dans la civilisation orale. Dans ce processus l’inauguration de l’identité de l’enfant griot occupe une place de choix. Commence alors un long apprentissage de l’écoute éveillée par une stimulation presque quotidienne de la capacité auditive, encodage de la mémoire avec des petites phases musicales, le genre que l’on attribuerait de jingle (mot anglais) motif sonore court ou petit thème musical qui sert à introduire une émission ou une publicité ; ces petits thèmes joués au Kora ou au balafon, représentent dans la civilisation orale africaine, un support mnémonique qui facilite le rappel des données en mémoire.
Le particularisme du travail de la mémoire dans la civilisation orale, c’est d’abord l’introduction de la musique comme support d’encodage des informations et ensuite le principe de catégorisation qui favorise la mémorisation de toutes les informations qui nous parviennent de notre milieu naturel.
Comment une communauté d’esprit plongée dans l’oralité s’arrange pour transmettre la tradition, les savoirs et les savoir-faire ?
La réponse se trouve dans un certain nombre de mise à l’épreuve permettant de tester l’attitude de vigilance chez l’enfant, sa capacité d’éveil et de concentration. La charge mentale et affective de l’activité de catégorisation des éléments culturels à mémoriser par l’enfant griot est considérable. C’est la raison pour laquelle le choix de l’enfant est d’autant plus délicat que ce dernier a besoin de faire la preuve de la vivacité de son esprit. Il doit bénéficier de surcroît d’une sensibilité aigue aux vibrations phoniques.
Quand certaines aptitudes sont prépondérantes dès la naissance chez l’enfant, ce dernier est choisi délibérément par sa communauté pour être la mémoire qui va servir de réceptacle à l’histoire, celui là même à qui, on fera appel, pour le rappel des faits historiques similaires ainsi que les meilleures solutions qui ont eu raison de certaines situations.

30 Contemplation

Ganvié, village lacustre

La genèse de l’histoire du village lacustre Ganvié du Bénin, c’est l’exode vers l’eau. Depuis combien de temps avons-nous quitté la terre ferme pour nous installer sur l’eau ? Nous sommes à Ganvié… Le patriarche TOBA raconte : « Nous étions des riverains tranquilles et vivions en harmonie avec la nature. Un beau jour, les guerriers et leur chef vinrent, poussés par la fièvre du pouvoir nous contraindre de verser un tribut ».
TOGBE le sage fit courir le bruit qu’il confirait le plus grand secret des riverains à qui trouverait la solution au problème de façon à ce que les riverains continuent d’avoir la vie tranquille, comme auparavant.
Lorsque les riverains furent convoqués à un conseil, pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci : «Ramassons nos affaires et allons vivre loin d’ici». Mais TOGBE répondit : «non cela ne suffit pas. Les guerriers et leur chef, un jour, finiront par nous trouver». Les riverains répliquèrent alors : « allons dans les montagnes à Dassa ! Là-bas nous aurons la paix ». TOGBE répondit à nouveau : «non, plus tard les guerriers et leur chef finiront par nous trouver ». Les riverains conclurent alors : « nous ne savons que faire, car il ne semble pas exister un endroit sur terre, que les guerriers et leur chef ne puissent atteindre un jour ».



Village lacustre du Bénin
Huile sur toile – 1987 - Haut. 130 cm x larg. 97 cm
©ADAGP/THOMAS KOUNDE

Alors TOGBE le sage dit : «voici ce que nous ferons : nous allons repérer l’endroit le plus profond de l’eau et y construire nos maisons. Nous ne changerons pas nos habitudes et nous savons tous nager. Nous poserons nos filets, pour déterminer les frontières de nos maisons et des portes par lesquelles nous entrerons et sortirons. Les guerriers et leur chef, que rien ne peut arrêter, un jour, finiront par arriver, et ils tomberont dans nos pièges. Leurs barques chavireront et tous se noieront. Ce jour s’appellera Ganvié. (Sauver les enfants) ».
Le seul endroit où les guerriers et leur chef ne pourront faire leur loi, c’est dans l’eau, car ils ne savent pas nager. Depuis ce jour, les riverains retrouvèrent leur quiétude et les hommes vinrent du bout de la terre pour contempler Ganvié.
Ganvié est un vestige de la période sombre de l’histoire de l’esclavage, une création entre autre pour y échapper.

31 Une nouvelle objectivité

Une nouvelle objectivité dans l’art consiste à équilibrer objectivité et subjectivité. Selon Goethe, c’est l’interaction des deux qui est admirable. Afin de réussir vraiment, écrit-il, il faut que « l’artiste sache pénétrer au fond des objets, ainsi qu’au fond de son âme propre».
S’il existe une contribution de l’art africain au concept de la création et de l’esthétique, au sentiment que fait naître la beauté, il s’agit bien de la subjectivité. Cette capacité de pénétrer au fond des objets et la transe qui s’en suit où le sujet ému et l’objet émouvant se trouvent dans une synthèse indissoluble qui est acte d’amour.
C’est surtout dans la possibilité de fusion des opposés, de l’équilibre de l’objectivité et de la subjectivité, de la raison et de l’émotion. C’est ici un clin d’œil au poète disparu Léopold Senghor, l’un des pères de la négritude. « la raison est hellène et l’émotion est nègre. » La rationalité provient de la civilisation de l’écriture (de la Grèce ancienne) et l’émotion de l’homme primitif en terme de premier, initial, originel, fondamental, homme dont l’instinct et la sensibilité sont profondément ancrés dans les chromosomes.
Pour Senghor, l’émotion sous un aspect premier est une chute de la conscience et un processus d’ascension à un degré supérieur de conscience. C’est le cheminement qui conduit à l’acquisition de l’ensemble des facultés permettant de concevoir le monde et de le comprendre.
Pour les initiés vodou, l'adaptation au monde procède par le rythme vibratoire cosmique, comme l’esprit de la création qui prend possession du corps du créateur et dirige l’œuvre de la création. C’est ce que j’appelle volontier, l’incarnation du plaisir du créateur.
La nouvelle objectivité ne doit pas nous faire oublier la critique de la subjectivité concernant l’opposition entre l’individuel et le social ou le collectif. Il ne s’agit pas de sombrer dans l’indifférence à ses proches ni de vivre dans l’illusion de l’autosuffisance. Pour l’initié vodou, Il s’agit de faire un véritable effort pour soumettre son soi à la société et à la cause commune. L’homme est inconcevable isolément. Dès qu’il apparaît au monde, il est pris dans le dialogue des voix qui l’entourent, celles de ses prédécesseurs et celles de ses contemporains.

32 Index des œuvres


1. Chaque chose en son temps
Huile sur vélin d’arche – 1985 – 67 x 47 cm
Cf. 10



2. La Nébuleuse du Cortex
Huile sur toile – 1996 – 130 x 97 cm
Cliquez 13




3. Enclave Sidérale
Huile sur toile – 1996 - 97 x 130 cm
Cf. 15


4. Le Serpent initiatique
Huile sur toile – 1992 – 150 x 60,5 cm
Cf. 16




5. Confidence
Huile sur toile – 1989 – 84 x 60 cm
Cf. 18




6. Conscience. Le Ternaire Univers
Huile sur toile – 1985 – 84 x 60 cm
Cf. 19




7. La Férie des Masques
Huile sur toile – 1985 – 89 x 116 cm
Cf. 20


8. Liberté. Le Troupeau d’éléphants
Huile sur vélin d’arche – 1993 – 50 x 69 cm
Cf. 24


9. Le Gardien du Seuil
Huile sur vélin d’arche – 1993 – 69 x 100 cm
Cf. 25


10. La Transfiguration
Huile sur toile – 2008 – 81 x 65 cm
Cf. 26




11. Vibration Ondulatoire
Huile sur toile - 2008 - Haut: 81 cm - 65cm
Cf. 27




12. L’Éternel Féminin
Huile sur toile – 1993 – 84 x 60 cm
Cf. 28




13. Contemplation. Ganvié, Village lacustre
Huile sur toile – 1987 – 130 x 97 cm
Cf. 30




Maximes de Goethe
« Personne n’est maître de la vraie créativité, et tout le monde en est réduit à la laisser agir à son gré. »
« Le beau est une manifestation des lois secrètes de la nature qui nous seraient restées cachées à tout jamais sans son apparition. »
« Celui à qui la nature entreprend de dévoiler son secret manifeste, ressent une nostalgie irrésistible de l’art, être son interprète le plus digne. »
Masques
Collection privée